Cette série photographique est née d'une interrogation : comment habiter un héritage dont on ne connaît que des fragments ?

La Tunisie fait partie de mon histoire familiale. Mon père y est né avant de quitter le pays à l'âge de 17 ans pour construire sa vie ailleurs. De cette terre, j'ai longtemps hérité à travers des récits, des souvenirs incomplets, des silences et des images mentales parfois floues. Mais cette démarche est aussi liée à ma propre histoire. Enfant, j'ai connu la Tunisie à travers les vacances familiales, avec un regard instinctif, façonné par mes perceptions d'alors. Aujourd'hui, j'éprouve le besoin d'y retourner avec mes yeux d'adulte, de confronter ces souvenirs à la réalité contemporaine du pays et à mon propre parcours.

En poursuivant ce travail photographique entamé en 2025, je ne cherche pas uniquement à revenir sur les traces de mon père. J'essaie aussi de comprendre ce que cette histoire produit en moi. Cette démarche est autant un déplacement géographique qu'un cheminement intérieur : une tentative de me réapproprier un héritage qui m'est à la fois familier et étranger.

À travers mes images, je cherche moins à documenter un pays qu'à interroger le lien sensible que j'entretiens avec lui. La Tunisie que je photographie n'est pas celle que mon père a quittée. C'est un territoire vivant, traversé par ses transformations, ses contradictions et ses tensions identitaires. Carrefour méditerranéen, arabe, africain et européen, elle porte les traces de multiples influences. Derrière les tentatives de définition ou de redéfinition culturelle, j'ai parfois le sentiment que sa véritable identité réside justement dans cette pluralité.

Cette réflexion résonne avec mon propre parcours. Peut-être est-ce aussi cela que je cherche à comprendre à travers cette série : la manière dont une identité se construit, se transforme et se négocie entre héritages, déplacements, appartenances et distances.

Mes photographies tentent de saisir des fragments : des ambiances, des présences, des gestes, des visages, des espaces traversés. Elles deviennent une manière de regarder, d'interpréter et de reconstruire une mémoire qui ne m'a jamais été directement transmise.

Cette série s'inscrit dans cet entre-deux : entre mémoire et présent, appartenance et étrangeté, visible et invisible, ombre et lumière.

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"Liège radicale"